08.03.2011

Cappadoce

Samedi

Le réveil est difficile, surtout pour Antoine qui nous rejoint à 7h du matin après ses exploits sur le dance-floor du Roxy. Chacun d'entre nous est atteint d'une pathologie différente qui se manifeste soit par un écoulement nasal ininterrrompu (Steve), soit par une toux grasse (Steve et moi). Les défenses immunitaires d'Antoine lui ont préferé l'angine. Après une enième halte à la pharmacie, nous avons décidé qu'il était temps de nous occuper de nos corps meurtris par tant de danse et de sorties.
Une fois les sacs à dos bouclés, nous déjeunons de quelques patisseries turques au Bord du Bosphore qui, une fois n'est pas coutûme, est baigné par un doux soleil printanier. Les patisseries sont sèches mais constituent notre unique repas de midi. Encore une halte à la pharmacie. Christos, le gardien de l'auberge, nous observe une derrniere fois avec malice. Avachis sur les canapés, nous nous divertissons grâce à lui : il prend en effet un malin plaisir à titiller les chats grâce à un laser. Antoine, notre polyglotte confirmé en profite pour communiquer en grec.
Mais il nous faut quitter Antoine qui rentre en France. Son avion partant plus tôt que le notre, nous lui disons au revoir au sortir de l'auberge.  Quels adieux déchirants.
Nous attrapons la navette pour l'aéroport et, une heure plus tard, nous voila dans le hall d'embarquement. Direction : l'Anatolie et la ville de Kayseri, distante de 600 km d'Istanbul.
A l'arrivée, il fait nuit et nous attrapons une autre navette qui nous mène sans encombres jusqu'à Goreme, un village en plein coeur de la Cappadoce à une heure de l'aéroport. Même s'il fait nuit, le village parait extraordinaire : plusieurs môles rocheux investis d'habitations troglodytes se trouvent au coeur de la petite cité.  Après l'auberge un peu sordide du Stray Cat d'Istanbul, le Rock Hostel Valley, une grande batisse de pierre,  nous semble luxueux. La salle commune est décorée de nombreux tapis, de coussins et de tables basses. Seul Hic : la télévision turque est allumée en permance. Très rapidement, nous faisons la connaissance des voyageurs, étudiants d'Izmir originaires d'amérique latine, Coréens discrets et belges au long cours. Les salariés du gite nous préparent un sandwich. Epuisés, nous décidons d'un commun accord qu'il est temps d'aller dormir.

Dimanche

Réveil très tardif pour Steve qui se la joue marmotte jusqu'à 13 h. Notre ancien est fourbu. Quant à moi je décide de partir pour une rando non loin du village. Jemina une blondasse australienne rencontrée à Istanbul m'accompagne dans un village troglodyte abandonné, truffé de souterrains et d'églises rupestres dégradées. Nous parvenons difficilement à atteindre le plateau qui surplombe les énormes cônes de pierre. Jemina galère pour se hisser jusqu'au chemin qui surplombe le village. Arrivés au sommet,  nous entreprenons une boucle qui nous conduit jusqu'au départ de la vallée qui marque le point d'orgue des visites touristiques d'un village abandonné. Le coin est un vrai gruyère.  Grâce à ma lampe chinoise à faisceau clignotant qui éclaire à un mètre douze nous nous enfonçons dans des tunnels sombres et lugubres peuplées de chauve souris vampires suceuses de sang de touristes européens. Nous sommes obligés de creuser parfois pour dégager la sortie des tunnels. Superbes points de vue sur toutes les vallées (rose valley, red valley, penis valley dite aussi love valley). Exténués, couvert de chiures de chauve souris et de boue, je regagne le confort du Rock Valley Hostel. Papi Steve est tranquilement alité sous sa couette en peau de chèvre sauvage d'Anatolie. Je le pousse au cul pour qu'il se lève et il finit par chausser ses boots d'indiana jones pour entreprendre la balade que je viens de me taper.

Ok Reynald, je prends le micro pour le récit de mon périple. Le même en gros, auquel j'ajoute une énorme gamelle sur un toboggan de pierre. 5 mètres de glissades, 2 mètres de vides puis : Splash, ouille, ail, beurk. Je suis couvert de boue, ma jambe a failli se briser, le contenu de mes poches (pièces, billets, harmonica et loukoums de survie) s'est répandu dans la terre spongieuse des Hittites. Je remonte un canyon  clopin-clopant avec l'espoir messianique de retrouver mon chemin. La nuit tombe, le brouillard m'empêche de voir l'Etoile du Berger et je me guide grâce aux effluves de kebabs et aux appels à la prière psamoldiés par des Imams du haut de leur minaret (enregistrés en mode enrhumé). J'ai faim, j'ai soif, j'ai mal, même si je suis pas matinal. Heureusement je retrouve le chemin de la tannière. Une douchasse, un plâtre, et je rejoins Reynald pour un apéro entre aventuriers. Petit sandwich turc exquis et on improvise une soirée latino. L'ambiance est un peu froide mais quelques routardes téméraires osent braver la timidité ambiante. Bon en gros on fait un flop avec notre DJ Latino Party Volume 1 (le Volume  2 sera mémorable...). Rencontre avec des brésiliens, argentins, belges, anglais, coréens de tous poils, mais unis par la fatigue et la Geek Attitude. Beaucoup sont devant l'écran de leur PC. Un loukoum, un verre de vin turc et bonne nuit les petits.

Lundi


Nous sommes matinaux. Pendant que Reynald prépare son trek en enchainant une centaine de mini pompes, j'affûte mon poignard et enserre mon front d'un foulard en poils de castors junior. Aujourd'hui nous allons marcher 6 heures, malgré la pluie, le froid, la neige qui se profile à l'horizon des montagnes perdues du Taurus. Le petit déjeuner turc avalé (olives, tomates, concombres, oeufs, fromages, pains..) nous nous lançons à l'assaut des sommets capadociens. Comme nous n'avons pas de carte, nous coupons à travers les canyons, raccourci moins touristique et plus exotique. Un peu avant le village de Cavesin (prononcer Cavechin), nous bifurquons vers un sentier qui serpente à travers le dédale des canyons et des gorges mystérieuses hantées par les hullulements des esprits des moines et du vent. Peu à peu se déploient sous nos yeux écarquillés les drapés de soie minérale, des mains de géants, les phallus de titans tout de pierre dressés. De loin en loin la roche se décline en des palettes fauves, pourpres, jaune safran, grisâtres. Nous marchons sur des flots déchainés de rocaille, figés pour l'éternité. Amen.  Bientôt nous parvenons aux portes de la Rose Valley, qui comme son nom l'indique, est...plutôt rose. Ici nous nous prenons pour des cosmonautes explorant le sol martien. Nous remontons le cours des oueds, nous nous extasions des à-pics, des vals rocailleux, visitons une église troglodyte aux trois croix, avant de déjeuner d'un sandwich. Les cheveux au vent mêlé de pluie (sauf reynald qui improvise une cagoule avec un sachet plastoc), nous contemplons le miracle de la Capadoce. Sous nos petits pieds velus de hobbits, la roche cascade jusqu'au fond de la vallée. Il nous vient des pensées philosophique et mystiques.  Nous nous sentons si petits, mais si mignons, au milieu du champ de bataille de quelques dieux.
Bon voilà pour la partie spirituelle.
Retour à Goreme (la ville où nous gitons). Douchette, apéro avec un belge, un anglais et une américaine puis resto pizza turque (chaussons aux légumes très bons). Quand nous rentrons, nous avons l'impression que, comme les roches, les routards n'ont pas bougé depuis cent mille ans. Heureusement, deux couples stambouliotes ont lancé une initiation à la danse turque sous les yeux placides des étrangers. Nous embarquons notre petit gang belge-anglais-italien et australien pour un cours de danse. Reynald brille par ses déhanchés surnaturels, quant à moi, je n'arrive pas à bouger mon cul et me contente d'improviser une salsa afro-turque. La bière coule à flots, les femmes (non nues, dommage) dansent sur les tables, et après la séquence danse turque, nous lançons l'opération Latino Dance Party Volume 2. Bachata, merengue, salsa, reggae, sardane (en fin de soirée). Malgré sa retenue habituelle, le personnel de l'hôtel se prête aux libations latines. Reynald et moi finissons avec des pagnes à clochettes noués autour de la taille. Sexy boys!  Pagnes aux couleurs des sultans, un peu bling-bling mais tellement rigolos !
Epuisés, nous regagnons notre chambrette à croupetons. Qu'est-ce qu'on a rigolé !!!!

Mardi

Reynald se réveille avec un mal de crâne des familles à lui décoller le cuir chevelu. Le vin turc est sans doute aussi souffré que la montagne capadocienne. La fatigue est réelle mais nous décidons néanmoins de  parcourir une autre vallée, accompagnés d'artistes italiens sculpteurs. Après avoir fait fausse route pendant une heure, nous nous retrouvons au fond d'une vallée avec l'impossibilité de progresser davantage. Une muraille glissante nous empêche d'aller plus loin. Les italiens ne sont pas vraiment équipés pour crapahuter davantage. On redescend donc au village. Séquence retrait d'argent en toute candeur. Sauf que ces putains de distributeurs automatiques refusent de nous accorder plus de 160 livres turques, soit 80 euros. Les gorges se serrent, les mains deviennent moites. On a pas payé l'hôtel, ni les repas, ni les bières, ni le vin, ni la navette pour retourner à l'aéroport le lendemain. On a plus une tune.  Toutes sortes de scénarios s'offrent à nous: mendicité, plonge, ouverture d'un resto panoramique catalan, avec cargolade à volonté, prostitution ou deal de yoghourt de contrebande. Nous abandonnons nos potes italiens et retournons à l'hotel pour qu'ils nous fassent la note. L'occasion de discuter avec l'hotesse sud africaine sur la qualité des constructions turques et la corruption dans le pays. Très intéressant, mais nous pensons plutôt à "comment on va payer notre foutu séjour". Heureusement et contre toute attente ils acceptent la visa pour régler les nuitées, la bouffe et la bibine. Séquence émotion lorsque Reynald tape son code... Enfin le rouleau magique se déroule sur l'appareil. Nous sommes sauvés, mais c'est con nous n'ouvrirons pas notre resto catalan à Goreme.
Enorme sieste, rédaction du blog, triage de photos, et nous allons finir par un resto. Demain retour à Istanbul by plane, puis Marseille, Nimes, Bourg en Bresse, etc...

Une grosse bise à tous, une pensée anatolienne pour notre Antoine alité, avec qui on aurait aimé chevaucher ces étendues sauvages, à dos de chèvres, ou de chamois....

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Steve et Reynald.

Istanbul fin. Réflexions sur la Turquie

Dès notre arrivée, il m'est apparu qu'Istanbul était la ville d'Europe qui conciliait avec la plus grande douceur les aspirations de l'Orient et celle de l'Occident. Les stanbouliotes se sentent d'abord turcs avant de se sentir musulmans ou européens et leur unité se forge dans leur propre histoire, incarnée par la figure omniprésente d'Ataturk (Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne et laique).
A Istanbul, le message du père fondateur semble avoir investi la société. Quel étonnement de voir ces flots de femmes voilées visiter les lieux de culte chrétiens avec détachemement, d'observer ces enfants braillant devant les reliques du Prophète ou des mosquées investies seulement par les femmes et les personnes agées. La sécularisation de la société atteint ici des sommets et, même ici,  cette situation ferait rougir le plus laicards des européens.
A la frontière orientale du continent, les jeunes stambouliotes livrent leurs désillusions vis-à-vis d'une union européenne qui assimile volontiers la Turquie aux pays arabes. Comble de l'horreur, dans un pays où le nationalisme latent émerge ca et là  et sépare clairement "arabité" et "tuquicité". A ce titre, Erdogan, premier ministre issu du parti de la justice et du développement apparait comme un précurseur ou comme un mégalomane. Faire de la Turquie l'acteur central du moyen Orient, tisser des liens avec l'Europe et flatter les valeurs et les traditions musulmanes. Voila un message que certains turcs entendent avec méfiance ou délectation et parfois même avec un étonnant fatalisme. "Pourquoi la nature a-t-elle donné à la Turquie un tel potentiel stratégique ?" se posait une stanbouliote éclairée...Une question que nombre de pays entravées ou excentrés n'ont même pas la possibilité de se poser !

05.03.2011

Istanbul, la suite

C'est en fin d'après midi, dimanche,  vaguement reposés,  que nous retrouvons notre Antoine provençal arrivé 4 jours avant nous. Après de chaleureuses et émouvantes retrouvailles, nous écoutons le récit de ses premiers jours dans la capitale turque. Il n'a pas voulu giter en auberge de jeunesse préférant l'hospitalité d'autochtones: un étudiant sans le sou puis une aisée trentenaire turque: Yeshim et son amie Gögche dont nous reparlerons plus tard..
Antoine est déjà stambouliote à en juger par la facilité avec laquelle il nous guide dans des ruelles peuplées de chats errants. Un parfum d'orient, d'olive et de kebap flotte dans l'atmosphère saturée de la froide humidité du Bosphore. Nous débouchons enfin sur la place de Taksim, sorte de centre névralgique de la partie européenne d'Istambul. Les taxis jaunes, les femmes voilées ou pas, les néons des échoppes à l'européenne, les vapeurs des snacks locaux à trois sous forment un décor improbable. Moscou, Times Square, Budapest? Nous n'arrivons pas bien à savoir où nous sommes. Une dernière ruelle et nous nous retrouvons sur Istiklal, vaste avenue piétonne saignée par les rails d'un tramway antique. C'est un fleuve humain bordé de facades illuminées: Bars, boutiques de luxes, restos, vendeurs de marrons, musiciens, etc... Nous nous coulons dans le flot turc. Les rues perpendiculaires à Istiklal sont un véritable dédale dans lequel il est facile de se perdre. Tous les trois mètres nous trouvons un lieu de fête. Les terrasses chauffées distillent des mini concert live et des litres d'Efes (bière locale). La jeunesse turque se retrouve ici pour bavarder, chanter, picoler. Nous trinquons à l'Orient autour de trois choppes. Antoine semble en forme. Quant à Reynald et moi... Oreilles bouchées, nez qui coule, mal de gorge, état grippal. Tout ça ne présage rien de bon. Mais trois bières et un plat de french fries plus tard, les symptômes de la maladie disparaissent comme par magie. Nous explorons une infime partie de Taksim, montons les étages d'immeubles au sommet desquels se trouvent des bars et mesurons le potentiel festif de la capitale.
Tout simplement énorme...Istanbul by night promet d'épiques bringuasses.

Lundi. 4°. Ciel gris. Emmitouflés sous des bonnets, anoraks, écharpes, gants, nous partons la goutte au pif pour Topkapi, palais Ottoman habité jusqu'au début du XXème siècle par des familles de sultans. L'ensemble est immense. Cours, bibliothèques, écuries, cuisines, reliquaires et bien sûr...Harem. A ses plus belles heures le sérail abritait environ 700 femmes. Notre imagination galope tandis que nous nous perdons dans ce palais des mille et une nuits. Une partie est réservée à la Valide Sultan, première femme du sultan, Reine mère, en gros la préférée du suzerain, une autre à ses concubines (entre 6 et 8). Le reste du bâtiment était occupé par... les restes justement, les moins beaux peut-être, nous ne le saurons jamais. Le Harem, n'est pas comme on le croit un lieu de débauche. Il était gardé par des eunuques, des blancs et des noirs et aucun homme ne pouvait y entrer en dehors du sultan et du médecin "royal". Les jeunes femmes, esclaves, prises de guerre, recevaient une éducation de qualité. Elles apprenaient le chant, la danse, les bonnes manières, en somme le kit de survie pour devenir peut-être un jour la favorite du sultan. La Reine mère, équivalent d'une mère supérieure,  veillait d'un oeil sûr et impitoyable sur tout ce petit monde. Complots, coups de poignards et empoisonnements étaient légion à l'époque. Fallait faire gaffe à ses fesses. Un coup d'oeil de trop au sultan et couic, la belle audacieuse finissait au fond du Bosphore.
Il y avait bien sûr une salle consacrée à la copulation royale (les soupirs et gémissements étaient étouffés par le bruit de robinets placés devant la porte)  mais  pas vraiment de chambre du Sultan. Les Ottomans, peuple nomade à l'origine, vivaient dans des tentes, raison pour laquelle on déplaçait le lit du sultan toutes les nuits dans le Harem, selon son humeur.
Mention spéciale pour la salle du trésor. Des chandeliers en or massif (48kg d'or et 6000 petits diamants) de deux mètres de haut, un diamant de la taille d'une petite pomme (voir photos), un gros poignard en or avec manche couvert d'émeraudes, gemmes, etc...Du bling bling, du saphir en veux-tu en voilà, du rubis à la pelle. Oui, les sultans étaient pétés de fric. De Topkapi, on ne retiendra pas que la fesse et la tune, non, il y a aussi un splendide reliquaire. Ici nous avons vu l'empreinte du pied de Mahomet le prophète en personne, des poils de sa barbe, son manteau,  un bout de la Cabaa (le cube noir de la Mecque) et bien d'autres choses encore mais nous n'avons pas le temps de vous les présenter toutes. Contactez Antoine pour de plus amples infos, il y a passé près d'une heure avec un audio guide pendant qu'on se gelait dehors avec l'ami Reynald.
Fin de la visite vers 17 heures. On rentre en tramway. Sieste, ablutions, repassage de chemises à paillettes. C'est parés, rasés, parfumés que nous sortons vers 21 heures à Taksim, tels des Soliman 1, 2, 3 les magnifiques....
Apéro à l'Efes, bouffe dans notre cantine attitrée, sorte de buffet pas cher pour un sous où nous serons allés presque tous les soirs. A 3 euros le repas complet, on s'invite à tour de bras :" Allez les gars, ce soir c'est pour moi, et que le personnel s'amuse!".
Après quelques errances nous finissons par trouver ce qui va devenir notre QG. Le Araf, bar live concert au sommet d'un immeuble chelou et crasseux. Baies vitrées avec vue sur les toits de la ville, scène en bois, public composé de routards, artistes, turcs de toutes barbes etc... Au Araf l'entrée est gratos et tous les soirs y a un concert. Nous y retournerons 4 soirs pendant le séjour stambouliote tellement  l'endroit nous plaît. Beaucoup de musique gipsy-yiddish-manouche. On en sort invariablement vers 3 heures du mat après moultes gigues, sauts, farandoles endiablées. Arrêt incontournable sur la place de Taksim pour la chicken galette turque, histoire de pas dormir le ventre vide et de faire le point sur la soirée. On est gras comme des loukoums. Nous envisageons un régime hyper protéiné à notre retour.

Mardi. 3°. Ciel gris noir. Toujours la goutte au nez on trace avec Michaella (une roumaine rencontrée au Stray Cat) vers la basilique Sainte Sophie, qui n'est d'ailleurs dévolue à aucune Sainte. En turc ça se dit Aya Sophia, traduction de  Sainte Sagesse. Notre prof d'histoire de poche, Sire Reynald, nous abreuve de sa science sur l'édifice. Bon j'ai pas retenu grand chose, c'est vrai, mais quand même un peu.
A la base c'était un temple romain, puis après l'épisode Jesus sur la croix, c'est devenu le plus grand monument religieux de la chrétienté (avant Saint Pierre de Rome, construit plus tard). Il a fallu 5 ans pour l'ériger, un record,  avec pas moins de 10 000 ouvriers. Sa construction a couté tellement de fric qu'elle a failli  ruiner l'économie de l'Empire Byzantin. Et pourtant à l'époque "C'était Byzance..." Ah ah ah !
On a pillé tous les temples à la ronde (grecs, romains, etc..) pour la bâtir. C'est l'empereur Justinien qui avait commandé sa construction. Il parait que lorsqu'il y a pénétré pour la première fois il se serait exclamé: "Salomon, je t'ai dépassé". Nous on a simplement lâché un : "oh putaing !".
Sainte Sophie c'est du colossal, du magnifique,  du splendide.
La coupole qui s'élève à 60 mètres au-dessus de nos têtes, retient un chandelier gigantesque. Des piliers grecs gros comme des troncs de baobabs ceinturent la nef de 70 mètres sur 80. Les mosaïques, les vitraux, les fresques, les reliefs cisélisés contrastent par leur richesse et leur finesse avec le gigantisme ambiant. Nous restons scotchés, le nez en l'air, la mâchoire décrochée. Je n'ai rien vu d'aussi fort depuis la Cité interdite pékinoise ou la muraille de Chine.
Il est 17 heures, déjà. Passage à la pharmacie: Gouttes nez, oreilles, sirop, aspirines. Nous allons de mal en pis. Heureusement la sieste nous requinque.
Nous rejoignons Yeshim, et Gogche, les amies d'Antoine, dans un restaurant situé au sommet d'un immeuble. Toujours sympa de rencontrer des locaux. Vastes vitres offrant une vue imprenable sur le Bosphore, tables design, lumières tamisées, salons lounge, le genre de resto qu'on trouve au détour d'un magazine d'art déco. Séquence VIP.  On bouffe des plats pas trop copieux mais exquis, servis dans de belles assiettes dessinées par quelque designer inspiré. La suite se passe au Babylon car ce soir les WAILERS, la formation mythique de Bob Marley, joue en live. Antoine et moi sommes aux anges. On reprend en choeur tous les tubes de Bobby: "No woman, no cry", "Get up, stand up", etc...une choppe d'Efes au poing.
On finit à l'Araf, notre QG, of course. Super soirée. Rencontres improbables avec routards et turcs, au fumoir, puis danses, bières, un kebap, un suppo et au lit.

Mercredi. 5°. Ciel...hum, gris. La fatigue commence à se faire ressentir. On est à 2 de tension.  On opte donc pour le musée archéologique, au chaud, avec cafétéria, salles tamisées et bancs matelassés. Selon Sire Reynald ce musée est un des plus beaux et fournis au monde. Colonnes, statues, sarcophages, monnaies, vases, bijoux de toutes les civilisations ayant peuplé la Turquie: Grecs, romains, hittites, lydiens, byzantins, etc... Je lis pas trop les panneaux, trop occupé à prendre des photos. Antoine et Reynald me font un cours d'histoire. Après-midi sympa, peaceful. On prend des infos sur les lieux de débauche pour les jours suivants, car c'est à partir du jeudi que les choses sérieuses commencent. Reynald a envie de danser la salsa, yo tambien, quant à Antoine il est toujours à fond. Normal c'est le benjamin de la fratrie stambouliote. A 31 ans, les cheveux blonds dans le vent, il n'accuse pas encore le coup comme ses vieux compères. Avec son bonnet il est surnommé the sailor, le marin, par le gérant du Stray Cat. Oui,  notre Antoine tient la barre de notre bateau ivre.
Qu'avons nous fait mercredi soir? Je me souviens pas bien. Je sais juste que contre toute attente, je suis rentré le dernier, vers 3 H 30. Pour les flippés des ruelles sombres, je tiens à dire qu'Istambul, mes compagnons de voyage ne démentiront pas, est une ville où l'on se sent en sécurité

Jeudi. 6°. Gris puis...puis soleil ! Un petit avant goût de printemps? Nous décidons, sur les conseils de Gogche, d'aller en bateau sur l'île aux Princes. 1H 30 de traversée et nous débarquons sur un îlot où la circulation est interdite. Pins parasols, échoppes, silence, belles demeures perchées sur les hauteurs qui rappellent des habitations coloniales...  c'est ici que les stambouliotes passent des week end pour s'extraire du speed de la ville.  Gogche nous emmène dans un restaurant de poisson, avec vue sur le Bosphore. Nous la mitraillons de questions sur la turquie, les gens, etc... Très instructif. Nous succombons de bon coeur à la coutume turque. Avant un repas au poisson, les gens boivent un raki (boisson anisée alcoolisée). On est déjà allumé avant d'avoir goutté le moindre truc turc. Les plats défilent: calmars, crevettes au beurre d'ail, rougets, purée d'aubergine, rouleaux aux feuilles de vigne, etc.... On finit par un Quenéfé, dessert à 100 000 calories, au miel, sucre, lait, huile, etc...
Promenade en calèche (Phaeton) autour de l'ile. Retour au bateau à 17 H.
Une bonne journée de retraités comme on les aime, mais vu notre état, on apprécie. Nous décidons de nous coucher tôt ce soir là, enfin...c'est ce qu'on croit en sortant de l'auberge à pas de tortue. Le Cuba Bar sera notre point de chute après un apéro-bouffe dans le quartier de Galata, coin plus huppé. A 23 heures nous entrons dans le bar cubain, et, comme les marins perdus succombant à l'appel des Sirènes nous nous laissons entrainer par le son des clave, maracas et autres instruments ensorceleurs. Reynald enchaîne mambos sur mambos, invite des demoiselles à tour de bras. Hum... le concert live est bon, mais peu de danseurs, alors on improvise. Je finis par inviter la chanteuse cubaine et un mojito plus tard, nous nous rabattons sur le Barrio latino, autre bar latin mais moins fun. Vous l'aurez deviné, nous finissons au Araf et rentrons vers 3 H  du mat, exténués.

Vendredi. 5°. Ciel...On le voit pas, mais derrière la brume on suppose qu'il est gris. Antoine opte pour un palais car il a déjà visité la Mosquée bleue où Reynald et moi souhaitons nous rendre. Un Reynald à bout de forces, je tiens à le préciser, à en juger par le cinquième cerne qui poche son oeil de boxeur. Un cerne par jour... une façon originale de compter  le nombre de bringues auxquelles il a participé pendant la semaine. Au fait on dit UN cerne et pas une cerne...
La suite de ce post se fera déchaussée, comme l'exige le protocole quand on entre dans toute mosquée. Les femmes y entrent voilées, on ne parle pas à voix haute, on ne mange pas un Kebab frites ketchup mayo. On se tient à carreau. En parlant de carreaux il y en a des milliers et la plupart sont bleus d'où le nom de Mosquée bleue.
Un peu d'histoire (promis ce sera pas long, j'en vois déjà grimacer). La Mosquée bleue, la plus célèbre d'Istanbul, fut commandée par le sultan Ahlmet Premier en 1610. Sa construction exigea 6 années de travaux. On dit que le sultan était si impatient de voir l'achèvement de sa mosquée qu'il venait chaque vendredi travailler au milieu de ses ouvriers. Il voulait faire mieux que Sainte Sophie, il voulait que sa mosquée soit plus imposante, plus belle, que la basilique chrétienne.
Il n'a pas réussi.
Oui, cette mosquée est magnifique, imposante, et tout ce qu'on voudra, mais elle n'a pas la superbe de la voisine Sainte Sophie (située à cinq cent mètres).
A l'époque, le sultan voulait qu'on puisse la comparer à la Mecque et il exigea qu'on dresse six minarets (tours) autour, comme c'est le cas pour la Mecque. Il a fini par envoyer (je sais pas comment, en kit peut-être) un septième minaret à la Mecque en signe d'allégeance.
On zappe le grand bazar. Reynald et moi sommes pas super intéressés par les babioles, tapis, boules à neige, etc... et rentrons à l'auberge. Dernier soir dans la capitale. Antoine rentre à Marseille le lendemain, la nuit promet d'être longue. Nous mangeons dans un resto sur les toits avec petit concert privé (A Istanbul, il y a des concerts à peu près partout tous les soirs) et nous jetons au Mayaah un bar sur quatre étages qui ne passe QUE du reggae. On danse trois heures, comme sur du coton et on rentre avec Reynald vers 4 heures. Antoine sera plus matinal, car comme il l'avait annoncé, il voulait faire une nuit blanche pour son ultime soirée. Il se couche vers 7 heures. Ce matin on a tous des gueules de repris de justice. Reynald a un sixième cerne, j'ai du mal à garder les yeux ouverts, mais on est tous content de notre séjour stambouliote.


Dans quelques heures nous nous envolons avec Reynald pour la Capadocce qui promet de belles balades dans un cadre féérique. On a adoré Istambul. On s'y est senti chez nous d'une certaine manière. Il y a quelque chose de chaleureux, de méditerranéen ici... Un peu de vert ne nous fera pas de mal. On troque le tramway contre le baton de randonneur et on vous donne rendez vous mercredi pour le dernier post turc.

Une grosse bise.

Reynald, Antoine et Steve.

27.02.2011

Istanbul Prologue

Hola tout le monde,

 

Un petit mot pour vous dire qu'on est bien arrivé. Crevés forcément, après une nuit blanche. On se gèle(4°) et il tombe un crachin continu. L'auberge de jeunesse "Stray Cat" (dans Le quartier le chat est roi, il en sort de partout) est située près du Bosphore, ce qui nous permettra d'accéder à la partie ancienne et orientale de la ville, de l'autre côté du fleuve, d'un petit coup de Ferry.

On a pas vu grand chose pour l'instant, cause siestes et semi-coma mais la ville semble immense et tentaculaire. Demain les choses sérieuses commencent.

Mise à jour du blog et photos fin de semaine avant le départ pour la Cappadocce.

Bises à tous.

 

04.04.2010

Mafate

Hola,

 

Petit billet montagnard après la parenthèse Maurice, histoire de vous conter mes pérégrinations dans le cirque de Mafate, lieu légendaire de la Réunion.

 

D'après ce que j'ai compris, Mafate est un ancien cratère qui s'est effondré lorsque la chambre magmatique (l'endroit où s'accumule la lave) s'est vidée.

Pour ceux qui n'ont pas compris la phrase précédente, imaginez un soufflé au reblochon qu'on aurait trop tôt sorti du four. Le centre s'affaisse, mais le pourtour, lui, reste droit, car il est tenu par les bords du moule. Et le reblochon, c'est la lave bien sûr, mais on marche pas dessus, parce que c'est recouvert d'herbe, de rochers et de fleurs. Le volcan est endormi à cet endroit. La lave est donc dessous. Et de toute façon si on marchait dessus on pourrait pas parce que ben la lave ça  fait fondre les semelles des chaussures et que ça serait pas pratique pour marcher, pas vrai?

 

Mafate est donc entouré d'une haute  muraille qui rend son accès difficile. Aucune route n'y conduit. Le seul moyen d'y accéder est l'hélico ou la marche à pied, ce qui en fait un lieu très sauvage, préservé. 

Quelques personnes  y vivent, grossièrement réparties sur deux "villages". Ils sont ravitaillés par hélicoptère une fois par mois.  Ce sont des descendants des "marrons", esclaves rebelles qui se sont planqués dans la montagne il y un peu moins de deux cents ans. Certains n'ont jamais quitté le cirque, n'ont même jamais vu la mer à quelques kilomètres...et je plaisante pas !

Consanguinité, isolement, décallage avec l'époque contemporaine... mais tranquilité, of course.

 

L'hélico n'étant pas dans nos moyens (300 euros les 15 minutes, si je me souviens bien) on chausse nos chaussures de randos et c'est reparti pour du crapahutage.

 

Mardi

 

Ciel dégagé. Brise automnale. 27°.

Nous garons la voiture à Cilaos (autre cirque de la Réunion) et prenons un bus qui nous dépose au bas d'un sentier. Nous levons les yeux vers les hauteurs.  800 mètres plus haut, nous apercevons le col qui nous fera basculer dans le cirque de Mafate.

Le col du Taïbit.

Joli nom, n'est-ce pas?

Pour info cette grimpette raidasse  se gravit en moins de 45 minutes (en courant) par les meilleurs coureurs du Grand Raid, la course mythique de la Réunion...

Le Grand Raid ou "Diagonale des fous" est un charmant parcours de santé qui traverse la Réunion en diagonale par les montagnes.

150 km. 1900 mètres de dénivelés positifs et négatifs. Des morts de temps en temps. Une vraie partie de plaisir.

 

Mais pour de simples mortels comme nous, discalement herniques, avec des antécédents lombalgiques, sciatiques,  adeptes de la sieste, de la clope et de l'apéro, c'est plutôt 3 H 15. On arrive au col épuisés, langue pantelante, et après une collation, on descend vers Mafate dans le brouillard.

1 heure plus tard nous voici à "Marla", un des villages du cirque. Dix maisons, une épicerie, une école ( 12 élèves, on a compté les cartables suspendus dehors), et un petit bar/snack.

L'idée de vivre là me fait froid dans le dos.

Champêtre, mais paumé.

On traverse le village en 50 secondes chrono et on descend dans les profondeurs de Mafate. Passage de petits ruisseaux et rivières, marche en sous bois,  etc...Après deux heures de crapahutage un toit apparait sous les frondaisons ruisselantes...

Première nuit dans un refuge perdu au fin fond d'une forêt baignée d'un brouillard laiteux...C'est la pleine lune...Au loin, le  sinistre caquètement des poules, les cris épouvantés des randonneurs égarés dans la nuit et  probablement traqués par des bêtes sauvages...

 

Les propriétaires du gîte ont d'étranges faciès et nous commençons à nous faire nos petits films:

 

Béa (mangeant son carry de viande): Je suis sûre qu'il se passe des trucs pas nets, ici...

Moi: Ouaip, moi cette ambiance,  ça me fait penser au film "Délivrance" ou "Massacre à la tronçonneuse". S'il le faut, on est en train de bouffer du randonneur.

 

Mercredi

 

Lever aux aurores. 17 °.

Très jolie vue sur le cirque. Petit déj vite expédié.  Nous partons d'un bon pied et entonnons des chants guillerets tout en traversant une magnifique forêt, tel Hansel and Gretel avant qu'ils ne tombent sur la sorcière. Les écureuils galopent sur les troncs, les petits oiseaux gazouillent, les fleurs déploient leurs superbes corolles.

Il fait beau, il fait plat, le rêve.

Puis descente vertigineuse dans un canyon, après avoir traversé une prairie saupoudrée de vaches rachitiques. Le lit du cours d'eau nous conduit à la cascade des  "Trois Roches" qui comme son nom ne l'indique pas compte quatre roches et non trois. Pause "madeleine écrasée mélangée à de la terre au fond du sac" et clope.

La cascade plonge entre deux parois. On ne voit pas le fond du gouffre.

Nous longeons encore la rivière, escaladons une petite collinette  et ce qui devait arriver..... arrive:

 

 "La montée de cinglé que si on t'avait dit que c'était aussi raide tu serais jamais  venu."

 

Un mûr.

Il est 12 H. Le soleil est au zénith. Il brûle la peau comme de l'acide.

Béa suit du regard le chemin qui monte vers la crête.

Elle fait la grimace.

Je fais la gueule.

L'idée de nous fouler volontairement la cheville histoire de nous faire rapatrier par hélico nous traverse l'esprit pendant une brève demi heure.

Après délibération, nous serrons courageusement nos lacets et, sans un regard en arrière, nous nous lançons à l'assaut du ciel.

 

S'ensuivent  3 heures de complaintes dont voici un petit  florilège:

 

"Putain fais chier les montées !!"

"Ah ouais ben merci la Réunion !"

"Ils auraient pas pu faire un téléphérique, ces cons?"

"Mais pourquoi je suis pas resté sur l'île Maurice bordel?"

 

Les paysages sont extrêmes.  Les cimes du cirque semblent supporter le poids du ciel. Là-haut, on se demande s'il n'y a pas un passage vers les nuages.

Ce doit-être beau en hélico...

 

Retour à Marla City en début d'aprem. Nous avalons quelques samoussas au snack puis rampons vers le refuge. Douchette, tongs, sieste.

La nuit nous surprend alors que nous émergeons d'un coma de quelques heures.

19 H. Il est temps de bouffer.

La propriétaire habite à 10 minutes des petits bungalows qui nous servent de chambre, dans les hauteurs. Nous empruntons un petit sentier et allons dîner à la lampe frontale. Au moins pas d'odeur de cuisine dans les chambrées. Malin, le Mafatais...

Vin de prune, punch, porc chouchous (le chouchou est une cucurbitacée rampante, appellée christophine aux antilles), gateau aux chouchous.

Le calvaire de la montée est vite oubliée. Nous sommes au lit à 20 H 30.

Bonne nuit les petits.

 

Jeudi

 

Dernier jour.

Il nous faut remonter par le col du Taïbit, encore lui.

C'est aussi raide qu'à l'aller mais  plus court. Je n'avance pas dans les premiers cent mètres. Mon corps semble refuser l'effort et je me fais dépasser par une famille d'escargots dans un virage.  Béa marche en tête, dopée par l'idée d'en finir, de retrouver son Franck, une bière fraîche et son grille pain. 

Au cours des 79 pauses que nous faisons, nous contemplons l'espace clos du cirque.

 

Majestueuse immensité. Vertige de la céleste voûte azur. 

 

Il me vient alors un poème que je grave dans un gros rocher avec mon piolet d'alpiniste :

 

"Ô Mafate, Ô cirque des cimes, Ô ..."

 

J'ai oublié la suite et Béa a pas voulu pousser le rocher jusqu'en haut.

 

Quelques photos et, moins de deux heures plus tard, nous parvenons au sommet, super fiers de notre petit trek de trois jours. Vue sur Cilaos. Au loin, l'océan indien, vert-bleu écume.

Redescente au pas de charge et retour à la civilisation après avoir fait du stop jusqu'à la bourgade de Cilaos.

Une barquette de frites, un hot dog, un  Fanta. La vie, la vraie.

 

Nous sommes dimanche. Je pars mardi matin à l'aube.

Aujourd'hui achat de vanille locale, baignade en rivière, repas chez Franck  et demain ce sera sans doute une petite plage.

Vous l'aurez compris, la Réunion est moins une île à baigneurs qu'une île à randonneurs, et j'espère que vous aurez apprécié la balade autant que moi, pendant ces quelques jours.

 

A bientôt pour un nouveau  voyage...

 

Antipodement.

 

Steve

26.03.2010

Maurice aux belles eaux

Ah l'île Maurice....

Les yeux dans le vague du lagon turquoise, je marche sur un sable de velours, bercé par le  clapotis de l'océan indien. Mes empreintes de pas s'effacent derrière le doux ressac qui vient lécher le blanc rivage. Clip clap clip clap.

Tiens une baie déserte aux eaux émeraudes ! Et si j'allais me faire un petit plouf ?

Hummmm, l'eau est délicieuse. Des poissons multicolores me filent entre les pieds tandis que je m'enfonce dans cette piscine géante. Quelqu'un a réglé le thermostat sur la position "pas trop froid, pas trop chaud, pas trop tiède".

Je nage dans le bonheur à l'état liquide.


Le temps de sécher je reprends ma rêverie baladeuse, le long du rivage. Je suis parfois distrait de mes hallucinations par le cri d'un mauricien qui vend des "rotis", "samoussas", ou "dhell purri", sortes de petites crêpes indiennes fourrées aux légumes et aux piments. Pour 2 euros je mange comme un prince.
Nous parlons pêche, fruits, cyclones, tortues géantes.

Mais où en étais-je? Ah oui, le lagon...
Dans un léger frou-frou, les cocotiers se balancent au rythme des alizés, frôlant les flots lumineux de leurs palmes. Ils s'inclinent sur mon passage, en une révérence végétale. Un peu de crême solaire, un petit nettoyage de lunettes pour ne pas en perdre une miette.


Au loin, la frange écumante de l'océan indien se brise sur la barrière de corail.

C'est ici que le paradis a fait naufrage, répandant le contenu d'une corne d'abondance.

Je me pince, je ferme les yeux je les rouvre, je ne rêve pas.

Je pense à vous, parfois, outre-hémisphère. Je vous vois pencher sur vos ordinateurs dans la grisaille d'un après-midi interminable, ou en train de dégivrer un pare-brise dans la froideur du petit matin. 

Après mes promenades quotidiennes le long du lagon , je prends  le bus local pour rentrer.  Les champs de cannes défilent en un long ruban vert. Parfois un manguier, un papayer, un flamboyant, un temple hindou multicolore...près du rivage ce ne sont que filaos,  palmiers et barques de pêcheurs.
Vers 17 H je rentre pour une petite douchette histoire de me désaller.
Puis je médite une petite heure, sous le souffle de la clim en me posant des questions métaphysiques: Que vais-je manger ce soir ?

C'est l'heure de l'apéro, déjà. C'est fou ce que le temps passe vite !?   Apéro que je déguste devant le lagon, ai-je besoin de le préciser?
Le jour décline. Mon verre est vide. Il est temps de dîner.
Les yeux dans la braise du soleil couchant, je déguste des crevettes géantes pêchées du jour, un tartare de Marlin, un carry de poisson, ou autre spécialité mauritienne.  Cardamone, girofle, piment, coriandre, curcuma. L'inde n'est pas loin.
Les indiennes justement...La serveuse qui s'approche de moi est "Malbar", ethnie de l'inde. Beauté sombre, démarche féline, une déesse en chair et en os. 
Je tente de lui expliquer  où je vis en France. Ses notions de géographie sont étonnantes:   "Il y a des icebergs dans la  méditerranée ?"  me demande-t-elle très sérieusement.
Les Mauritiens sont d'un abord très facile, plutôt candides, curieux de tout.
"Si je suis marié" me demande-t-elle en m'apportant une succulente tarte à la banane.
"Non" fais-je en montrant mes mains vides d'alliance...
"Ah" dit-elle en souriant.
"Argh" me dis-je en m'étouffant.

Je l'aimais bien ce petit restaurant...

Dans quelques heures retour à la Réunion, après 5 jours de pur plaisir.

Adios Maurice....ce fut bref mais intense. Et je reviendrai !

Bisous à tous.

Steve.

22.03.2010

Entre mer et volcan....

Hola !

 

Après 11 heures passées dans un avion frigorifique  (j'ai jamais eu aussi froid dans un avion) en compagnie d'un perpignanais vendeur de jambon serrano et de chorizo à la Réunion, je pose enfin un tong conquérant sur  l'île Bourbon.
Il fait 28°, l'air est saturée d'humidité et de chlorophylle.


Passer d'un congélateur volant  à un autocuiseur végétal n'est pas sans quelques conséquences. Mon nez coule, mes sinus jouent du violon, ma tête me fait le coup de la migraine. Tout en attendant Béa, j'avale deux dolipranes. J'hésite encore entre l'angine et le rhume des airs quand j'aperçois mon hôtesse au volant de sa golf. Retrouvailles, papouilles multiples, la Béa a la nonchalance béate des gens qui vivent sous les tropiques. C'est bon de la revoir ! Nous traversons Saint Denis, la capitale,   sous un déluge, nous racontant nos vies,  et empruntons la route de la cote ouest, appelée aussi route du littoral ou « route de la mort » à cause des éboulis assez fréquents qui écrabouillent les automobilistes. Des filins de sécurité emmaillotent les falaises à pic que des cascades saignent à blanc. Nous roulons prudemment jusqu'à Saint Pierre, au Sud. 800 000 habitants sur l'île, pour 400 000 voitures... Ici les embouteillages sont légion. Pause sandwich et cap sur Saint Joseph, Saint Jo,  où gîte Béa.

Belle petite case créole  aux volets bleus perchée sur les hauteurs, vue sur la mer,  terrasse de compétition pour des apéros olympiques, jardinet bordé de plantes exotiques, l'habitation est ouverte aux quatre alizés pour ventiler l'atmosphère. Je regoûte aux joies de la marche pieds nus, mon dos se cambre naturellement... cul en arrière, j'adopte la démarche tropicale canardesque. Nous sommes rejoints par Franck, le copain de Béa qui nous prépare un Rougail à la saucisse fumée du feu de dieu. Tout en touillant la tambouille, nous avalons quelques « Dodos », la bière locale: une pisse froide à laquelle on arrive finalement à se faire car très fraîche et légère.  Ils apprécient le fouet catalan que j'ai apporté.
Un petit air de déjà vu antillais dans la façon de vivre, c'est à dire au ralenti. Le temps semble élastique. Rien ne presse. J'aurais pas crû pouvoir descendre encore dans la coolitude.


Lever à midi le lendemain, à deux de tensions. Il faut 48 heures pour se faire au petit décallage horaire et à la chaleur. Mon rhume se résorbe. Nous préparons sacs, pompes et fringues de randos car Béa a organisé une sortie volcan.
Nous passons prendre 4 de leurs amis et grimpons en voiture sur les flancs escarpés de la montagne, passant du niveau de la mer à 1800 mètres en très peu de temps.
Les paysages changent avec l'altitude. Je vois mes premières vaches, mes premiers alpages de l'océan indien et des sortes de sapins dont j'ai oublié le nom. De pimpants petits chalets sont plantés au milieu des prairies, donnant au décor une teinte savoyarde. C'est dans l'un d'eux, qui fait office de gîte/refuge que nous posons nos affaires. La déco intérieure est celle d'un chalet du Jura:  lambris,  outils de menuisiers, rideaux montagnards.  La gnôle locale se décline autour du rhum, arrangé de 300 façons différentes, selon le propriétaire. Je comprends alors le choix de Béa  pour le gîte...Bretonne alcoolique !
Nous avisons les bouteilles alignées avec une lueur d'envie dans les yeux mais il n'est encore que 16 heures, ce qui nous laisse largement le temps pour une randonette au Piton de l'eau, petit lac au fond d'un ancien cratère. 1 h de piste défoncée sous un crachin breton et nous parvenons à un parking. Vu le temps, les autres sont pas super chauds pour crapahuter. Ils rentrent au refuge.


Franck Béa et moi empruntons une piste sous une pluie fine, qui se transforme peu à peu en averse, puis en orage.
On a jamais trouvé le Piton ! Trop de brouillard et de pluie. Demi tour après une heure de marche, trempés jusqu'à la moelle épinière. Les ruisseaux se gonflent, les fringues s'alourdissent, on a tous le slip qui colle au cul et la goutte au nez. On rentre dare dare à la voiture. Streap tease et séchage rapido. Il faut vite rentrer, car les raviers, sorte de rivières qui traversent les routes,  se remplissent de plus en plus. Franck me raconte que pendant les cylclones des types téméraires se font emporter avec leur bagnole par ce genre de torrent. « Car-nyoning »...  L'idée de passer la nuit dans une golf avec deux biscuits mouillés et un litre d'eau ne nous enchantent guère.
Nous roulons une petite demi heure observant dans un silence de plomb les ruisseaux se transformer en rivières et soudain,  dans une boucle  "Damned, un ravier submergé à 100 mètres !"
Nous approchons prudemment et stoppons devant le gué. La rivière coupe la route. Il faut sonder la profondeur. Je me porte volontaire et je descends, en slip, pieds nus,  tremblant de froid sous une pluie battante pour une marche sondeuse dans la rivière. Béa et Franck sont morts de rire dans la bagnole, alors que je risque ma vie à chaque instant ! Il paraît que ça méritait une photo mais ils n'ont pas réussi à faire marcher mon appareil. Dommage ! Au plus profond, l'eau m'arrive un peu en dessous du genou. Pas d'inquiétude.  Franck démarre et se lance sans s'arrêter dans les flots. On passe !


Retour au gîte avec la sensation d'avoir vécu notre petite aventure de la journée (ce qui mérite un apéro)....Apéro rhum arrangé donc ,quiche au fromage de la Réunion, boucané (plat à base de riz, lentilles, lard fumé, sauce, citron vert) , gateau au chocolat, un suppo et au lit.
Réveil à 5 H 30 du mat. Nous avalons un petit déj et fonçons vers le volcan pour le lever du soleil sur la plaine des sables, à  2300 mètres d'altitude. La plaine des sables est un plateau de gravillons rouges, fragments de lave(les lapillis), situé non loin du python de la fournaise. Du Belvédère où nous nous garons, la vue est saisissante. On se croirait sur la planète Mars. Le soleil fait passer le décor du jaune au marron puis du brun foncé au rouge. Halte suivante à «l'enclos », une muraille naturelle qui entoure le volcan de la fournaise. Un petit cratère émerge d'un lac de lave lisse solidifiée. J'ai les jambes qui me démangent et très envie de crapahuter sur ce sol lunaire.
Justement, un des potes de l'équipée, Seb, souhaite redescendre à pied du volcan jusqu'à un peu avant la mer. J'hésite un instant car je suis pas un gros randonneur. Il y a 1700 mètres de dénivelé, 5 heures et demi  de marche et 20 bornes, d'après le panneau....Mais bon, c'est pas tous les jours que j'aurai cette opportunité et c'est l'occasion de traverser des paysages magnifiques, de toucher cette nature du bout des yeux.


On se fait déposer sur la plaine des sables,  comme deux cosmonautes. La première partie est relativement facile. Un long plat sur la planète Mars, balisé par des taches de peinture blanche. En cas de brouillard ces balises permettent aux randonneurs de ne pas s'égarer, mais ce matin le ciel est dégagé.  Marcher sur un volcan est vraiment une expérience hallucinante. L'immensité du néant minéral, les couleurs,  le silence,  juste froissé par le crissement de la lave sous nos pas... Je kiffe !! Au bout du plateau la vue s'ouvre sur des falaises à pics . On suit le cours sec d'une  rivière de basalte qui se jette dans le vide du ciel. Pause raisins secs/flotte/photo au-dessus des petits nuages qui bourgeonnent dans la vallée.  Au fond du canyon, on aperçoit quelques habitations, minuscules points blancs perdus dans le vert. C'est là qu'on va et ça paraît bougrement loin.  Plus on descend, plus la végéation devient dense, la chaleur monte également. On passe littéralement du minéral volcanique au végétal. D'abord de petits arbustes tropicaux, sorte de maquis, puis la forêt s'épaissit. Nous descendons plutôt vite, Seb ponctuant notre progression d'anecdotes sur la faune, la flore, les randos du coin, un sourire inaltérable vissé aux lèvres. A mi-chemin la jungle laisse place à une forêt de pins locaux, quelques bosquets de bambous de temps en temps et re-jungle. De loin en loin,  des cascades blanches, fumantes, se précipitent sur les parois escarpées. 
Vertical, c'est l'adjectif qui me vient à l'esprit. A la Réunion, le relief semble découpé au hachoir.
Après 3 heures de descente sur les scories et les pierres glissantes,  mes cuisses commencent à jouer des castagnettes. Heureusement le dénivellé est moins vertigineux et nous apprécions la marche sur faux plat au milieu des champs de bananiers. Un peu avant d'arriver à la voiture de Seb on admire un panaché de  cascades qui jaillit de l'intérieur d'une falaise.
Fin du trip dans les bassins bleus de la rivière Langevin. L'eau est super froide, mais ça délasse !
Des images plein la tête, et des courbatures plein les jambes of course...

Week-end cool ensuite, festival d'apéros grillades , soirées avec des potes musiciens de Béa, baignade rafraichissante à Manapany hier soir  (un bassin protégé des courants et des requins).

No stress !

Je me suis envolé pour l'île Maurice ce matin et je suis arrivé il y a quelques heures.  De la fenêtre de ma chambre j'aperçois un beau petit lagon aux eaux turquoises, héhéhé !!! Il est temps pour moi d'aller faire un plouf.  Prochain post sur l'île Maurice dans quelques jours.

Bises à tous.

Catala Jones.